당신은 한국어를 구사합니까 ?

A L’Iconoclaste, on fête la langue, on fête les langues. Pour le plaisir, voici un aperçu des nouvelles traductions de la maison : Trois Amis en quête de sagesse en coréen et en italien, ainsi que Nous Louis Roi d’Eve de Castro traduit en tchèque !

C’est Sophie Langlais, chargée des cessions de nos titres à l’étranger, que l’on félicite. Et pour nous éclairer sur son travail, nous lui avons posé trois questions :

 

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail ?

Mon métier consiste à trouver à l’étranger des maisons d’édition où nos auteurs se sentiront chez eux, à la fois dans le catalogue, c’est-à-dire dans le compagnonnage avec les autres auteurs, et dans l’accueil éditorial qui leur sera réservé. Au-delà des barrières culturelles et de langue, il s’agit de débusquer des « foyers éditoriaux » où les auteurs se sentiront autant à leur aise qu’à l’Iconoclaste, et ce dans le plus grand nombre de pays possible. Il faut donc chercher, chez nos voisins souvent (en Allemagne, en Italie, en Espagne), mais à l’autre bout du monde aussi (en Chine, en Australie ou au Chili), des éditeurs passionnés, qui sauront faire travailler le bon traducteur chez eux, mobiliser leurs équipes commerciales, attirer l’attention des journalistes et des lecteurs, pour faire voyager dans leur langue les textes que nous publions en français.

 

Comment est-ce que tu définirais une bonne traduction ?

Une bonne traduction est une traduction « silencieuse », c’est-à-dire qui arrive à se glisser dans la langue française sans que l’on s’en rende compte, à tel point qu’en la lisant, on soit incapable de dire si le texte à été écrit en français originellement ou dans une autre langue. Les très bons traducteurs sont avant tout des personnes qui ont une maîtrise excellente non pas de la langue source, mais de celle dans laquelle le livre sera publié. C’est pourquoi les traducteurs sont, à leur manière, des écrivains, l’humilité en plus, car ils doivent se glisser dans le rythme et l’imaginaire de quelqu’un d’autre. C’est une technique, et c’est un art.

 

Une anecdote à nous raconter ?

Faire publier des livres en traduction, c’est contribuer à réduire l’incompréhension entre les cultures, c’est maximiser encore l’expérience de lecture qui est la rencontre de l’Autre. Je me souviens d’un très beau texte de Nancy Houston, dans Le Monde je crois, qui évoquait, comme piste de résolution du conflit israelo-palestinien, la lecture, des deux côtés de la frontière, de la littérature du voisin belligérant.

Faire publier des livres en traduction, c’est parfois aussi se retrouver dans des situations d’incompréhension totale. Un moment d’embarras, lors de la grande Foire de Francfort : une éditrice ukrainienne me parle avec animation d’un grand classique de la littérature française, « Tangerines ». Je cherche dans ma mémoire de lectrice, un livre où il serait question d’agrumes, de clémentines. Toutes sortes d’images exotiques affluent dans mon esprit, mais je ne vois absolument pas de quoi elle veut parler. « Les clémentines » ? Un grand roman français ? De Simone de Beauvoir ?…

J’ai mis beaucoup beaucoup de temps à comprendre que l’éditrice me parlait en réalité des « Mandarins », qu’elle avait traduit dans sa tête par « Mandarines » et qui était ainsi devenu… « Tangerines ».